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Project "Forced Laborers of Rügen"
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La "Station Balnéaire KdF des Vingt Mille" à Prora, sur l'île de Rügen

Le site de Prora et le " Colosse de Rügen " - l'ancienne " station balnéaire KdF des vingt mille " - sont devenus de plus en plus connus au cours des dernières années. Prora fait partie de la ville balnéaire de Binz, et se situe dans la " Prorer Wiek ", la plus belle baie de l'île. C'est là que l'on construisit entre 1936 et 1937 cette station d'approximativement 4,5 km de longueur, commandée par la " NS-Gemeinschaft Kraft durch Freude " (organisation national-socialiste " force par joie ").
Au temps de la RDA, le site était une zone militaire interdite et n'a été ouvert au public qu'en 1990. Actuellement, Prora est connu en Allemagne et à l'étranger en tant que monument de l'histoire architecturale et sociale du Troisième Reich, attirant plusieurs centaines de milliers de visiteurs par an.
Le site est alors classé monument historique. A part le " Reichsparteitagsgelände " de Nuremberg, c'est l'héritage architectural le plus complet de la période nazie. 20 000 personnes devaient y passer leurs vacances. La " Station Balnéaire KdF des Vingt Mille " n'est pas seulement un exemple historique intéressant pour l'emploi de l'architecture moderne dans le national-socialisme, mais il s'agit également d'un important témoin historique de la démagogie sociale, de la tentative de satisfaire les ouvriers, dont on avait supprimé les organisations en 1933, et de les convaincre de la politique de guerre, d'espace vital, et raciale du régime. Les "nerfs du peuple" devaient être préparés pour une prochaine guerre.

L'organisation nazie KdF avait été fondée en novembre 1933 dans le cadre du DAF (front allemand du travail) pour encadrer les ouvriers dans leurs loisirs. A cela devaient servir de grands projets comme la construction d'une flotte KdF, de la voiture KdF (Volkswagen), et aussi la station balnéaire KdF sur l'île de Rügen qui devait être le prototype de quatre stations supplémentaires. L'organisation KdF fut, à cause de ses offres de loisirs, la division du DAF la plus populaire, couronnée de succès. Le " Front du Travail " avait remplacé les syndicats, tous dissous le 2 mai 1933 ; il ne servait surtout pas au maintien des intérêts économiques et sociaux des ouvriers : " La vocation du Front du Travail est l'éducation de tous les Allemands actifs à l'opinion national-socialiste ".
La " Station Balnéaire KdF " avait la même vocation. Jusqu'en 1939, elle fut un élément essentiel de la propagande sociale du régime, telle que la voiture KdF. De façon significative, la première pierre fut posée le 2 mai 1936, le troisième anniversaire de la " tempête sur les syndicats ". Ni la station balnéaire ni la Volkswagen ne sont devenus de véritables progrès sociaux. Au début de la seconde guerre mondiale, toute l'organisation KdF ainsi que ses installations devinrent également disponible à des fins militaires. Déjà en 1936, Hitler réclama, qu'en cas de guerre, le site de Prora puisse être transformé en hôpital militaire. Lorsque la guerre débuta, les travaux furent arrêtés à Prora et les ouvriers transférés. Or, Prora n'a jamais été utilisé en tant que " Station Balnéaire KdF ". Après 1939, la station servait en effet comme hôpital militaire, puis, un bataillon de police et des radiotélégraphistes y ont été formés. Des travailleurs forcés et des prisonniers de guerre sont alors employés pour les travaux d'aménagement. A cet endroit aussi, dit " de joie et de détente ", sont à déplorer des victimes du régime violent. En 1943, des sinistrés par suite de bombardements, venant de la ville de Hambourg, puis, vers la fin de la guerre, des réfugiés venant de l'Est, trouvèrent des logements provisoires à Prora. Plus largement, la " Station Balnéaire KdF " est aussi liée au terrain voisin d'essai de fusées, à Peenemünde, où l'on avait transféré les ouvriers de Prora en 1939, et où l'on développa les " V-Waffen ". La mort tragique de nombreux réfugiés lors du naufrage du navire KdF " Wilhelm Gustloff ", fait également partie de cette histoire.
Le fait que Prora n'ait jamais servi en tant que " Station Balnéaire KdF " ne remet pas en cause l'authenticité du lieu, mais c'est la conséquence logique de la politique raciale et d'expansion du Reich allemand. Celle-ci développant une plus grande dynamique que les efforts pour la " Deutsche Volksgemeinschaft " (union du peuple allemand) ou pour la paix intérieure. Prora est la preuve de l'échec de la " politique sociale " national-socialiste, un échec qui incorpore la conséquence de la politique du Troisième Reich. Le prix à payer pour la " belle apparence " fut le génocide, les fosses communes et la fracture de la civilisation.
Après plus d'un demi-siècle depuis la fin de la guerre, le mythe des soi-disant " bons côtés " du Troisième Reich se maintient, et la " Station Balnéaire KdF" est l'endroit où ce mythe se cristallise architecturalement, de façon monumentale. Mais Prora est aussi l'endroit où l'on peut découvrir les arrières-plans politiques et détruire ce mythe. Est-ce que le site ne démontre pas, par ses concentrations et rangées infinies, par la halle de fête centrale qui aurait été prévue pour des rassemblements de masse, et par l'impossibilité d'intimité, une violence structurelle qui ne renvoie pas par hasard à celle des casernes ? Les dialogues avec les visiteurs montrent qu'il existe justement un grand intérêt pour ces arrière-plans historiques. Ce site classé de Prora n'est donc pas seulement une construction monumentale nazie - et l'un des plus grands - mais avant tout un endroit où se laisse souligner et désenchanter (mis dans le contexte de la politique national-socialiste) la fascination dangereuse du national-socialisme, que forme apparemment un côté positif de l'Etat nazi. Pour beaucoup de ses 500000 visiteurs annuels, Prora nécessite des explications.

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